Paul Gorceix
L'itinéraire de l'homme et de l'écrivan
(1999)


© P. Gorceix, 1999

M.Maeterlinck. Oevres I. Le Réveil de L'Âme. Bruxelles: Editions complex, 1999. P.: 17-50.

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Paul Gorceix est professeur à l'université Michel de Montaigne (Bordeaux-III). Il s'occupe depuis plusieurs décennies de la littérature française de Belgique qu'il s'emploie à faire connaître en France et à l'étranger. Il a publié notamment aux Editions Complexe deux anthologies commentées sur la littérature de la fin du siècle en Belgique (œuvres en prose et œuvres poétiques). En 1999, la Communauté française de Belgique lui a attribué le Prix du rayonnement des Lettres belges à l'étranger.


 

 

Descendant d'une vieille famille du sud de la Flandre orientale, dont l'existence est attestée dès le XIVe siècle, Maurice Maeterlinck est né à Gand le 29 août 1862.

Quelles que soient les réserves que l'on puisse avoir à l'égard des critères du positivisme, il n'est guère pensable de ne pas prendre en compte l'effet des dites « circonstances extérieures » sur la production d'un écrivain. Ici, le constat tainien a gardé toute sa valeur de référence. On risquerait de mal comprendre l'évolution de Maeterlinck, de l'homme et de sa pensée, sans la marque du milieu qui l'a vu naître et grandir. Le lieu de naissance dans la cité des Comtes en plein XIXe à l'époque de profondes mutations sociales ; le milieu cossu et douillet où il vécut, à l'écart de toute agitation, dans une famille de la riche bourgeoisie, flamande du côté maternel et paternel, gantoise et catholique; son éducation classique chez les Jésuites, exclusivement française - autant de facteurs, dont la contribution ne peut être considérée comme négligeable dans la formation de l'homme et de l'écrivain.

Franz Heiïens nous donne ce témoignage sur le milieu où il a lui-même grandi:

«Nulle bourgeoisie au monde ne ressemble à la vieille bourgeoisie gantoise, très proche de l'aristocratie noble ou anoblie. Cette marque de classe se fait sentir non seulement dans les mœurs, [18] mais aussi dans les manifestations de l'esprit. Le bourgeois de Gand se montrait, à l'époque de la jeunesse de Maeterlinck, c'est-à-dire avant la guerre de 1914, d'une vitalité physique et intellectuelle incomparable, travailleur et curieux de nature, plus réaliste que mystique, et têtu. [...] La bourgeoisie de Gand a traversé une histoire à peu de chose près semblable à celle des Républiques de la Renaissance italienne. Il n'est pas de ville où la bourgeoisie s'est montrée plus fière de sa culture; aucune ville de Belgique qui puisse mettre en ligne une élite d'un étiage plus élevé. »(l)

Dans la bonne bourgeoisie provinciale - le père, Polydore Maeterlinck, propriétaire foncier pouvait encore se permettre de vivre de ses rentes - il était de bon ton de parler français. La pratique de la langue française marquant alors le clivage social avec le contexte linguistique flamand, réservé aux rapports avec les subalternes. À quelques décennies de distance, Suzanne Lilar confirme : « Cet usage [du français] n 'était pas exceptionnel dans la petite bourgeoisie gantoise qui était bilingue, mais, pour les convenances, se réglait volontiers sur la grande. Or celle-ci ne se contentait pas de parler français, elle affectait d'ignorer le néerlandais dont elle n 'avait retenu que quelques locutions et commandements destinés à ses domestiques. Car la masse n'avait pas cessé de s'exprimer en flamand. »(2)

Témoignage éclairant. Il explique que Maeterlinck ne pouvait que devenir écrivain de langue française, comme Van Lerberghe, son condisciple, Rodenbach ou Max Eiskamp. Ce qui ne signifie nullement qu'il avait oublié la langue de sa terre natale. On sait qu'à l'occasion, l'avocat plaidera en flamand. Quant à la lecture de Ruysbroeck l'Admirable, elle ne lui aurait pas été possible sans son flamand maternel. N'a-t-il pas reconnu que c'est à son terroir flamand qu'il doit l'inspiration de ses chansons de scène(3)?

À en croire l'écrivain qui se souvient, les longs séjours passés en villégiature dans la maison de campagne d'Ostacker, au milieu d'un parc de plusieurs hectares, font partie des «souvenirs heureux». Il raconte dans Bulles bleues:

«Notre logis s'élevait au bord de l'eau, le long du canal de Temeuze, c'est-à-dire le canal qui mène de Gand en Hollande et à la mer. C'était un canal féerique ombragé d'une double rangée [19] de grands ormes. Les navires, les bateaux à vapeur de Londres et de Liverpool avaient l'air de passer au milieu du jardin. »(4)

Sportif, le jeune garçon pratiquait le canotage en été et le patinage en hiver sur le canal. Son père élevait des abeilles, cultivait les rosés et les arbres fruitiers. Rappelons pour la petite histoire qu'il avait même créé une variété de pêches sous le nom de Polydore Maeterlinck ! Ce qui est sûr, c'est que la maison blanche d'Ostacker devait rester pour Maurice, jusqu'à la trentaine, un refuge, loin de l'agitation de la ville. Et il n'est pas interdit de penser que ces séjours en campagne zélandaise, avec ses fleurs, ses ruches et l'eau, communiquèrent à l'écrivain le goût du plein air et l'amour de la vie végétale et animale. C'est là au bord du canal où passaient les gros cargos, qu'il écrivit ses poèmes des Serres chaudes.

«Je fus mis au collège des Jésuites, considéré comme le seul collège aristocratique de la ville; mais les bons Pères ne parvinrent pas à me capter. »(5) Les sept années de scolarité vécues sous la férule des Jésuites du collège Sainte-Barbe à Gand où il entra en 1874, avec pour condisciples Charles Van Lerberghe et Grégoire Le Roy, appartiennent aux événements qui ont marqué durablement sa personnalité. L'écrivain octogénaire reconnaît avoir passé chez les Pères «les moments les plus désagréables» de son existence. Ses reproches? Avoir inculqué à l'enfant qu'il était, l'obsession de la chasteté, mais aussi une conception de la vie contre nature. Son jugement est sévère, et encore plein de rancœur. «Ils vivent trop dans la mort, mais dans une mort sans grandeur et sans horizon. »(6) Georges Rodenbach, qui fut, avec Emile Verhaeren, élève de cet établissement, se souvient, lui aussi, en termes étonnamment semblables:

«Le collège était clos comme un séminaire. Il y avait une cour centrale, un terreplein nu comme une grève où la mer retirée a laissé sa tristesse. Pas même l'animation de quelques arbres. Seul dans un pignon, le cadre implacable d'une grande horloge dont les aiguilles se cherchaient... Comme Maeterlinck, il conclut:

C'est là que mon âme toute jeune s'est déprise de la vie pour avoir trop appris la mort. »(7) [20]

Van Lerberghe dira, aussi crûment, ses griefs. Plus tard, étudiant à Bruxelles, il avouera que ses nouveaux maîtres durent pour le libérer «démolir les vieilles constructions gothiques que les Jésuites avaient édifiées dans sa tête d'enfant»(8). Révolte de l'adolescent contre ses aînés ? « Ce sont les méthodes et les principes qui sont en cause, non la personne des maîtres», rectifie Roland Mortier(9).

On pourrait épiloguer longuement sur les marques laissées par la morale des Jésuites sur la sensibilité de l'écrivain ! Mais comment ne pas voir de rapports entre l'inquiétude métaphysique instillée par les Pères dans l'esprit de leurs élèves et la mort, dont le trio, G. Le Roy, Van Lerberghe et Maeterlinck, fera le thème des trois pièces, qu'ils avaient projetées quasi simultanément d'écrire - L'Annonciatrice que Le Roy ne termina jamais. Les Flaireurs et L'Intruse ? Que l'étude de la religion ait orienté Maeterlinck, plus tard, vers la lecture des mystiques flamands, que l'horreur du péché ait inspiré certains poèmes en vers réguliers des Serres chaudes, il ne fait guère de doute que tout cela peut être mis au compte de l'éducation au collège Sainte-Barbe.

L'amitié des trois condisciples que le goût des lettres rapprochait, date de cette époque-là. Une collaboration qui ne connaîtra pas de failles, une amitié qui durera jusqu'à la mort. Dans la grisaille quotidienne du collège, une lueur cependant : la découverte de la poésie, Baudelaire, Verlaine, les parnassiens. G. Le Roy, l'initiateur, avait rassemblé péniblement le montant d'un abonnement à La Jeune Belgique, proche du Parnasse, qui passait alors pour une revue d'avantgarde, où l'on admirait Heredia, Vigny et le Hugo de La Légende des siècles. On se met alors à écrire des vers en «cachette».

Les humanités terminées, pas question de se lancer dans la littérature. D'autant que la profession d'écrivain en Belgique n'avait alors pas de statut. «Les lettres ménagent à l'écrivain une situation auprès de laquelle celle de casseur de pierres est encore enviable », écrit Camille Lemonnier dans La Vie belge(10). C'est, plus encore, une activité quasiment honteuse et presque suspecte pour la bourgeoisie de l'époque !

Maeterlinck, solidaire de son milieu et de ses traditions, s'inscrit, sans enthousiasme, à l'université de Gand pour y faire son droit. Car il était décidé qu'il serait un jour avocat, magistrat. Il semble bien qu'on devait passer alors par le barreau, avant d'accéder aux [21] Lettres. Question de prestige social, sans doute. Verhaeren, Rodenbach et Eiskamp, fils de familles bourgeoises, ont dû emprunter ce détour. Après des études honorables, Maeterlinck, plus soucieux de littérature que de code pénal, publie à La Jeune Belgique le recueil Dans les joncs, 1883, poèmes un peu mièvres dans le style de Gautier et de Banville, qu'il signe sous le pseudonyme de M. MATER. Aucune trace, en tout cas, dans ces poèmes, qui laisse pressentir le futur auteur des Serres chaudes.

Tradition encore: Polydore Maeterlinck envoie son fils à Paris, «sous le prétexte» qu'il y saisisse «les secrets de l'éloquence judiciaire »(11). Celui-ci, après un bref séjour d'une semaine en 1885, va demeurer six mois dans la capitale, au début de l'année 1886. Grâce à l'actif G. Le Roy, le jeune homme est rapidement introduit dans les milieux postparnassiens. Le voyage d'études se transforme en un voyage d'initiation littéraire. Dans son Agenda, le 30 juillet 1887, on relève cette annotation: «À Stéphane Mallarmé, un poète essentiel et de tous admiré». Pourtant, Maeterlinck ne fréquente pas autant la rue de Rome que la brasserie Pousset, faubourg Montmartre, où il fait la connaissance de jeunes poètes. Parmi lesquels, plusieurs avaient collaboré à la revue belge La Basoche: Saint-Pol Roux, Ephraïm Mikhaël, Pierre Quillard, Rodolphe Darzens et d'autres... En mars 1886, le groupe fonde La Pléiade; 18 abonnés, 7 numéros paraîtront. L'événement, la « révélation », c'est la rencontre de Villiers de l'Isle-Adam.

Chaque soir, à la brasserie Pousset, Villiers officiait en lisant des pages de Y Eve future ou des Contes cruels. Aux yeux de tous, y compris Mallarmé, il était la tête philosophique, le spécialiste de Hegel et de Schopenhauer, l'initiateur de la métaphysique allemande. Dans l'interview à Jules Huret (1891), Maeterlinck évoque la rencontre en ces termes: «Tout ce que j'ai fait, c'est à Villiers que je le dois, à ses conversations plus qu'à ses œuvres que j'admire beaucoup d'ailleurs. »(12) II raconte : «Vers neuf heures, il [Villiers] faisait son entrée dans une bruyante brasserie du bas de Montmartre qui pour moi est demeurée le sanctuaire éleusien où mes yeux se sont dessillés, car, en bon Flamand que j'étais, je comptais pénétrer dans la littérature en réaliste truculent et intransigeant. Il m'a ouvert d'autres chemins. »(13)

Mais qu'en est-il en fait de sa dette envers lui? «Villiers contribua certainement à orienter le goût de Maeterlinck vers le rêve imprécis et, d'une [22] façon générale, vers l'esthétisme un peu languissant d'un style "fin de siècle"», constate R. Mortier(14). Profonde en tout cas, décisive peut-être, sa marque en ce qui concerne son attrait pour la pensée occulte. A. W. Raitt a raison, lorsqu'il souligne que l'auteur d'Axel initia les symbolistes au romantisme allemand, en même temps qu'il les introduisait dans les arcanes de l'occulte : « Villiers lui-même n 'a jamais nettement séparé l'apport de l'occultisme de celui de la philosophie allemande, les deux systèmes étant censés, de façon confuse, étayer la même vue d'un monde qui ne se limitait pas à des éléments visibles et matériels. »(15). Certes, c'est oublier que la poétique du romantisme allemand est elle-même littéralement gorgée d'occultisme et d'éléments issus directement de la mystique rhéno-flamande. En tout cas, ce qui demeure, c'est la fascination de Maeterlinck pour le mystère, et Villiers n'y est pas étranger. L'œuvre de Maeterlinck ne tourne pas autour des «res occultae», seulement à partir de La Sagesse et la Destinée (1898). Son théâtre tout entier est imprégné d'inconnaissable. Dès La Princesse Maleine, le dramaturge substitue à la psychologie des personnages, la mort, la fatalité et les forces mystérieuses et invisibles de la vie.

La mutation est totale. Jusque-là, Maeterlinck avait écrit des milliers de vers, dans le sillage de Coppée, de Richepin, de Banville ou d'Heredia, comme il le confesse, «pour aboutir à Baudelaire en effleurant Verlaine et Mallarmé»(16). Dans La Pléiade, en mai 1886, avait paru sa première prose, Le Massacre des Innocents, avec la signature fkmande très appuyée de Mooris Maeterlinck - et, dans la livraison de juin, figuraient quelques-uns des poèmes en vers réguliers des Serres chaudes - tels « Reflets », « Fauves las », « Serre d'ennui ». Le Massacre des Innocents est une transposition d'un tableau de Breughel l'Ancien. En cela, il donnait suite à Iwan Gilkin, lequel, quelques années plus tôt, en 1880, constatant le déficit littéraire de la Belgique, avait exhorté les écrivains « à fonder dans la poésie une école flamande, digne de sa sœur aînée, la fille des peintres »(17).

« Très bien, votre Massacre des Innocents. Mais tout ce réalisme trop solide ne vous convient pas... Votre voie est ailleurs», lui répond Villiers à l'envoi de la plaquette(18). Jugement, qui ne resta certainement pas sans effet ! Et pourtant, le vieillard à barbe blanche, qui semble présider au massacre, sans un mot, et ce seigneur qui, du haut de sa tour, contemple le carnage, levant les bras au ciel «pour exprimer son impuissance »(19) - ne seraient-ils pas l'incarnation anticipée du «troisième [23] personnage », qui frappe inexorablement ses innocentes victimes, dans la dramaturgie maeterlinckienne ? La leçon de Villiers semble avoir été entendue.

À Gand, l'avocat plaide en flamand, assez rarement d'ailleurs, dans des petits procès correctionnels. Georgette Leblanc raconte: lorsque, à leur première rencontre, Edmond Picard l'interrogea sur son dernier procès, Maeterlinck répondit sans lever les yeux, avec une sorte d'humour contenu et un rire coupé - « C'est fini, je ne plaiderai plus... je conduis fatalement mes clients en prison. » Elle ajoute : «La difficulté chronique de sa parole était évidente.»(20) Dans le petit cercle qu'il forme avec G. Le Roy et Van Lerberghe, on cause littérature, on échange des idées, des sujets. Maeterlinck collabore à plusieurs revues nationales, notamment à La Wallonie, dirigée par Albert Mockel, très cosmopolite d'orientation, et au Pâmasse de la Jeune Belgique. Mais, en fait, l'homme est un solitaire, qui aime se retrouver à Ostacker, où il pratique l'élevage des abeilles, les haltères et où il se livre aux plaisirs de l'automobile. Georges Rodenbach, qui l'avait invité en compagnie de ses deux amis à lire ses vers dans son logis de la place Louvois, l'avait bien jugé, dès 1886: « une vraie tête de Flamand avec des dessous de rêveries et des sensibilités de couleur. Au fond, un silencieux qui ne se livre pas facilement, mais dont l'amitié doit être sûre... »(21) « Tous ceux qui l'ont connu ont été frappés par son allure glaciale, sa nature réservée et taciturne. Nous ne nous rencontrions que comme des ours blancs sur d'étincelants blocs de glace, dans des mers polaires», raconte l'ami d'enfance Charles Van Lerberghe(22).

Seulement un mois sépare la publication du Massacre des Innocents de la parution des premiers poèmes en vers réguliers des Serres chaudes. Frappant, le profond décalage entre les deux genres et les deux styles. Ici, un récit réaliste, linéaire ; là, des poèmes qui épousent les méandres les plus secrets de l'âme, évocation de songes anciens, de lassitudes mômes, d'une torpeur morbide à travers une imagerie décadente. Comme s'il s'agissait de deux œuvres écrites par des auteurs différents.

Quelle relation entre le conte, qui n'est qu'une fidèle reproduction du tableau de Breughel et les fantasmes de La Princesse Maleine ou les balbutiements des Aveugles ? La question s'impose. Quelle décision peut avoir motivé une telle métamorphose? Quel [24] facteur peut avoir provoqué une reconversion aussi totale, une fracture esthétique aussi profonde ? À elle seule, l'influence de Villiers ne justifie pas cette mutation ; pour la seule raison que l'écriture des premiers poèmes est antérieure à la rencontre de Villiers.

Ce que Maeterlinck ne dit pas dans Bulles bleues - l'oubli n'est pas peu éloquent -, c'est que, dès la fin de l'année 1885, à la suite de son premier séjour très bref à Paris, l'ancien élève des Jésuites, que l'étude de textes religieux captive, a fait une trouvaille(23), un ouvrage, L'Ornement des noces spirituelles du mystique flamand Ruysbroeck l'Admirable. Sous le choc de l'émotion, il écrit à Rudolphe Darzens cette lettre, datée du 24 décembre 1885:

«... j'ai découvert (à peu près) un Ermite ou un Illuminé Flamand du XIIIe siècle. Ruysbroeck l'Admirable, dont Ernest Hello a traduit en français -presque scandaleusement d'ailleurs -certains fragments d'après une vieille et inexacte traduction latine du texte flamand. Or j'ai retrouvé ce texte flamand original et authentique puisque c'est au cloître même de la Vallée Verte où le mystique est mort et enseveli. Eh bien, jamais je n 'ai éprouvé une joie ni un étonnement pareils, c'est l'homme de génie absolu et dont l'oeuvre est immense matériellement - autrement surtout - cela est tout le temps au-dessus de tout, et cela va jusqu'où l'on n'a jamais été; enfin, en voilà assez. Je vous en parle donc pour vous en offrir, vaguement, des fragments, les mois où il manquerait de la copie; j'ai traduit, intégralement, deux de ces 12 œuvres, Le livre des XII Béguines et L'Ornement des noces spirituelles et de plus j'ai écrit une introduction assez longue, où j'ai reproduit les passages de ses autres ouvrages. »(24)

Témoignage qui marque le tournant capital que représente la découverte de l'oeuvre du prieur de Groenendael. Coïncidence? Certes, c'est le moment où Maeterlinck est en quête d'une manière d'écrire personnelle, accordée à sa sensibilité d'écrivain et d'homme. Mais il n'est pas douteux que la spiritualité de Ruysbroeck, qui plus est, incarnée dans le flamand qu'il croit doté de la «toute-puissance intrinsèque des langues immémoriales»(25), ne fut la motivation pour changer de fond en comble sa conception de l'œuvre littéraire. [25]

II suffit de lire l'introduction à Ruysbroeck pour acquérir la certitude, après Joseph Hanse, que le mystique flamand est à l'origine du bouleversement de l'art de Maeterlinck. Que retient-il de son texte? ce qu'il cherche lui-même, le symbolisme à l'état originel. Pour qui en douterait, l'aveu est total, dépourvu d'ambiguïté: «II est heureux que nous ayons eu un tel homme; et depuis que je l'ai vu, notre art ne me semble plus suspendu dans le vide. Il nous a donné des racines. »(26) Ou encore : «En toutes ses œuvres, il [Ruysbroeck] est hanté par cette évidence de l'universel symbolisme. »(27) La relation entre le mystique et sa vision symbolique de l'univers est dans ce constat, noir sur blanc !

C'est un commentaire, symboliste d'esprit, que Maeterlinck donne de la prose de Ruysbroeck. Ce qui le frappe avant tout, c'est l'écriture, la force de suggestion des images: «de l'invisible qui transparaît par moment»(28), «sa syntaxe tétanique», la discontinuité de son écriture, ce qu'il appelle ses «bleuissantes éjaculations»(29). Entraîné par le verbe de l'ermite, il a lui-même d'étonnantes métaphores pour évoquer son style. Les phrases de L'Ornement, il les compare à des «jets de flammes». Il note des «explosions singulières [...], des similitudes inouïes»(30). C'est l'analogie qu'il rejoint chez «l'ancêtre flamand», analogie de l'irrepresentable, qui veut dire ce qui n'a pas de nom.

Ces quelques extraits, lus à l'échelle des valeurs de la poétique symboliste, mettent en évidence l'importance décisive de la rencontre. Qui plus est, l'écriture de ce mystique du XIIIe siècle renvoie aux recherches contemporaines. La révélation se superpose au besoin d'un « supplément d'âme » qu'attend la génération de 1880. Mais surtout, elle satisfait la quête d'identité littéraire à laquelle, lui, Maeterlinck, aspire - comme Verhaeren, Mockel, Eiskamp, Van Lerberghe... S'il s'attelle à la traduction de L'Ornement des noces spirituelles, qui l'occupe de 1885 à 1888, c'est parce qu'il croit que «les écrits des mystiques sont les plus purs diamants du prodigieux trésor de l'humanité» et qu'ils lui apportent la révélation d'une autre manière d'écrire.

Cette reflexion enthousiaste de Valéry à Gide (27 avril 1892), montre bien que L'Ornement répond à une attente :

« Ton Ruysbroeck est décidément unique. J'y plonge - et si tu savais quel admirable savant il est. Comme il est sûr! et précis. C'est le langage même de l'âme... Je suis tout plein de vérités et [26] c'est en lui que je les trouve sous le triple symbole du sujet, verbe et attribut. »(31)

Certains projets conçus à cette époque ne se réalisent pas - ainsi une « Etude sur les peintres flamands primitifs »(32), une autre sur les Préraphaélites. Mais la voie de là recherche est tracée. Elle mène vers le dedans, le questionnement de l'âme. Des années plus tard, dans un article de la Revue encyclopédique intitulé « La Mystique flamande», en date du 24 juillet 1897 - soit douze années après la découverte de Ruysbroeck - Maeterlinck présente avec enthousiasme la constellation des mystiques flamands, de Thomas a Kempis «le maître du mystérieux exotérique au Moyen Age» à Denis Van Leuwen (Denis le Chartreux) en passant par Gérard Groot, Gerlach Peters et d'autres(33). Admiration qui n'exclut pas un intérêt très fort pour Shakespeare, Poe, pour les Élisabéthains, pour les Préraphaélites donc, pour Burne-Jones, Swinbume, Rossetti et Walter Crâne - et Walt Whitman.

Entre 1886 et 1888, Maeterlinck écrit sur un cahier d'écolier une plaquette très peu connue, Les Visions typhoïdes. Outre leur intérêt littéraire, ces proses fragmentaires(34), au titre problématique, confirment l'influence de l'initiation spirituelle et surtout poétique, dont Ruysbroeck est la source. Pour la première fois, y apparaît dans tout son pathétique sa lutte avec le Verbe, dont il est contraint de se servir pour dire les entrevisions du vide, qui l'obsèdent.

Les années 1889-1895 comptent parmi les plus fécondes dans la vie de l'écrivain. L'œuvre du romantique allemand Friedrich von Hardenberg, connu plutôt sous le nom de Novalis, capte son attention. Cet intérêt s'inscrit dans une sorte d'image mythique de la germanité que se construit Maeterlinck, convaincu un temps de la supériorité des Germains sur les Latins. «Le Germanisme, note-t-il dans son «Cahier bleu» aux alentours de 1888, semble la voix de l'Europe. »(35) La filiation est manifeste entre Novalis et Ruysbroeck, le mystique flamand. Cet aveu, sur lequel s'ouvre l'introduction en apporte la preuve. Il est significatif de la perspective spiritualiste dans laquelle le préfacier situe son auteur. En même temps, il montre à quel point Maeterlinck sacralise l'expérience qu'il a vécue avec ses auteurs. [27]

«J'ai choisi trois de ces hommes dont les routes nous mènent sur trois cimes différentes. J'ai vu miroiter à l'horizon des œuvres de Ruysbroeck les pics les plus bleuâtres de l'âme, tandis qu'en celles d'Emerson les sommets les plus humbles du cœur humain s'arrondissaient irrégulièrement. Ici nous nous trouvons sur les crêtes aiguës et souvent dangereuses du cerveau ; mais il y a des retraites pleines d'une ombre délicieuse entre les inégalités verdoyantes de ces crêtes, et l'atmosphère y est d'un inaltérable cristal.»(36)

Dans le moi transcendantal novalisien, Maeterlinck retrouve le reflet de la vie profonde que Ruysbroeck et Emerson lui ont laissé entrevoir. Au-delà de l'aveu, il s'agit là d'une véritable profession de foi. En corollaire, s'il s'est détourné des moralistes et des psychologues - les La Rochefoucauld, Stendhal, Lichtenberg(37) ou Meredith - c'est parce que ces derniers ne sont préoccupés que des «phénomènes de la conscience habituelle». Il ne s'intéresse plus à eux, dans la mesure où leur analyse ne va pas au-delà de la psychologie de ce moi qui n'est qu' « une plante supérieure», dont ils feignent d'ignorer que les racines plongent dans l'invisible.

Maeterlinck entreprend la traduction des Fragments et du Màrchen: Les Disciples à Sais. Plus de six années s'écoulent entre la lecture de Novalis, commencée vers 1889, et la publication tardive, en 1895, de la traduction. Après l'expérience de Ruysbroeck, la lecture de Novalis le conforte dans sa conception d'une poétique intériorisée, fondée sur la puissance créatrice de l'imagination. Les Fragments sont lus comme une sorte de bréviaire, dans lequel il trouve la réponse aux questions que lui et ses contemporains se posaient sur une esthétique articulée autour du symbole.

Ces années sont une période d'intense activité pour Maeterlinck, que l'on rencontre dans les milieux littéraires de Gand et de Bruxelles. Il correspond avec Albert Mockel, directeur de la revue liégeoise La Wallonie, très ouverte aux influences venues de l'étranger. Il fréquente Iwan Gilkin qu'il admire. Avec Le Roy et Van Lerberghe, il invite Verlaine à parler devant le Cercle artistique et littéraire de Gand. Il n'en poursuit pas moins la construction de son œuvre.

La régularité de ses publications le montre bien. La nouvelle Onirologie paraît en juin 1889, dans la Revue générale. Cette petite œuvre, [28] dans laquelle Raymond Pouilliart a relevé de multiples influences - Poe, de Quincey, Charles Lamb, Thomas Hood(38) -, est intéressante à plus d'un titre. D'une part, au plan de la structure, elle anticipe sur les « modalités narratives du fantastique moderne »(39), de l'autre, quant au contenu, le récit articulé autour de l'identité du rêve et du réel, s'inscrit dans la ligne des préoccupations majeures de Maeterlinck : la possibilité de communier sans intermédiaire avec l'invisible.

1889 - c'est l'année qui marque l'entrée dans le monde littéraire. En mai, paraît, à compte d'auteur, le recueil des Serres chaudes, tiré à 155 exemplaires : une douzaine est vendue. À la fin de la même année, grâce aux 250 francs de subsides maternels, La Princesse Maleine est imprimée sur les presses de Van Melle, avec un frontispice du sculpteur Georges Minne. Le livre est broché et mis en vente à Bruxelles, chez le libraire Paul Lacomblez. Une quinzaine d'exemplaires est achetée, une dizaine, envoyée aux amis et notamment à Mallarmé, qui, « en quelques mots ciselés- comme des joyaux »(40), en accuse réception. Après le silence, c'est l'article fracassant d'Octave Mirbeau, la célébrité pour le Gantois - du jour au lendemain.

L'accueil exceptionnel de La Princesse Maleine a contribué, sans aucun doute, à faire oublier les Serres chaudes. Et pourtant ce recueil de poèmes, resté longtemps négligé par l'histoire littéraire, est fondateur du symbolisme. Sa réception témoigne de son importance. Le jeune Apollinaire se souviendra du vers dérythmé d'« Hôpital», libéré des conventions de la versification. Au voyageur Biaise Cendrars, en route pour l'Asie, « le bruit monotone du Transsibérien » rappelle «la prose lourde des Serres chaudes». André Breton, quant à lui, range Maeterlinck à côté de, Lautréamont, de Saint-Pol Roux, de Saint-John Perse et de Malcolm de Chazai, parmi les maîtres des images poétiques incohérentes, dans lesquelles il voit le moyen de «remettre la poésie sur la voie sacrée». On pourrait multiplier les déclarations, émanant d'esprits aussi différents qu'Antonin Artaud et Tristan Tzara, Copeau et Jacques Rivière, Jules Renard, Henri Bergson, Léautaud et de Mandiargues.

Ici, dans les poèmes en vers dérythmés, la suggestion mallarméenne se mue en défi. Elle devient provocation, contre la logique et la vraisemblance. Maeterlinck fait œuvre de dissident, qui bouleverse, à plaisir, les normes et l'échelle encore fortement enracinées [29] dans le lyrisme français. Il refuse la poésie qui ne fait que représenter, copier le réel. Il rejette le poème, qui a pour objet la beauté, le goût ou le rythme, bref celui qui satisfait aux exigences tranquillisantes de l'esthétique. Et, non moins résolument, il tourne le dos au lyrisme du cœur et de l'émotion, dans lequel se sont complues des générations entières. Fort de sa sensibilité différente, Maeterlinck renverse la convention poétique en faisant entrer dans le poème l'incongruité, l'anomalie, la distorsion des formes. Incohérences qu'on dirait sorties de l'iconographie médiévale du «mundus inversus », tel que le représentent ceux qu'il reconnaît pour ses ancêtres, qui s'appellent Bosch et Breughel le Vieux. Ce qui n'empêche pas le poète de déclarer à Octave Mirbeau avec modestie: «Dans les Serres chaudes il n'y a que du Verlaine, du Rimbaut [sic], du Laforgue, et presque rien de moi-même, sauf, peut-être cette sensation de choses qui ne sont pas à leur place. »(41)

À partir des Serres chaudes, Maeterlinck fait la découverte que l'obscurcissement sémantique n'est pas séparable de l'expression symbolique, et qu'il n'y a pas de symbole sans pluralité des sens. C'est le chemin qui le conduit de la poésie allégorique, construite autour de l'emblème initial de la serre et de ses analogies, au jeu de l'imagination délestée, qui explose littéralement dans les poèmes en vers libres. En rejetant toute forme strophique, Maeterlinck marque bien au demeurant sa volonté de disposer d'un espace verbal sans entraves, plus adéquat à la poussée de ses intuitions. Il inaugure une poétique fondée exclusivement sur l'analogie. Constantes et subtiles correspondances, relations extraordinaires entre les âmes et l'univers, parallélisme entre les êtres et les choses -il a trouvé là un des ressorts de sa dramaturgie.

Dans la famille, on est perplexe, et même soupçonneux à l'égard du succès de Maurice, que l'on ne s'explique pas :

« Ses amis, raconte Maeterlinck au sujet de son père dans "Bulles bleues", l'évitaient ou l'abordaient d'un air condoléant, comme s'il y avait un mort dans la maison. On attendait une réaction ou un démenti foudroyant. D'autres disaient entre eux :

- Polydore a de l'argent, c'est entendu, mais vous n'imaginez pas ce qu'a dû lui coûter cet article... Moi, je m'en doute, parce que, grâce à mes relations, je connais les habitudes de la presse [30] et, s'il continue, il ne tardera pas à voir le ciel à travers la pleine lune... »(42)

Une anecdote qui en dit long sur le statut de la littérature en Belgique à l'époque. Lorsque le jeune avocat posera, peu de temps après, sa candidature à un poste de juge de paix dans un gros village des environs de Gand, le sénateur, sollicité par Polydore, refuse son appui en déclarant qu'il lui paraît impensable d'« élever à la situation qu 'il sollicitait un jeune homme qui s'était disqualifié en écrivant les Serres chaudes et La Princesse Maleine. Ce serait un scandale sans précédent dans la magistrature. »(43)

L'année 1890, paraissent les pièces en un acte, qui inaugurent le « théâtre statique » : L'Intruse et Les Aveugles; et en 1891, Les Sept Princesses. Puis viennent, successivement, en 1894, Alladine et Palomides, Intérieur et La Mort de Tintagiles. Ces trois pièces seront réunies sous le titre «Drames pour marionnettes». En tout, avec Pelléas et Mélisande (1892), sept pièces de théâtre sont publiées, entre 1890 et 1895. Pelléas et Mélisande marque l'apogée du symbolisme maeterlinckien. La pièce fut créée par le Théâtre d'Art sur la scène des Bouffes Parisiens, le 22 mai 1893. Curieusement, l'auteur craignit l'échec jusqu'au dernier moment(44)!

L'événement personnel qui marque le début de l'année 1895, c'est la rencontre de Maeterlinck, le 11 janvier, avec l'actrice déjà célèbre, la cantatrice Georgette Leblanc, sœur du créateur d'Arsène Lupin. Camille Lemonnier raconte la rencontre, qui eut lieu dans le salon de la maison de l'avocat Edmond Picard, rue Ducale ; c'était après une représentation du Père de Strindberg au Théâtre du Parc. La page mérite d'être citée, parce qu'elle met dans le juste éclairage la personnalité de l'écrivain et celle de la cantatrice très lancée :

«Maeterlinck, qui habitait encore la Flandre, avait quitté ses abeilles, et il était là, grave, silencieux, songeur, un peu désorienté, comme il l'était toujours à la ville. Il n'était vraiment chez lui qu 'à la campagne, sa pipe dans ses gros doigts, chargeant à mesure ses culots d'une pincée de tabac frais. Je l'avais connu chez le peintre Claus à la porte duquel quelquefois il sautait de [31] machine, le col nu, musculeux, large d'épaules et de reins, en vrai gars de village. Il ignorait, ce grand taiseux contemplatif, qu'il allait voir, ce soir-là, apparaître, sous les traits de l'admirable Georgette Leblanc, le visage même de sa destinée. Un grand silence vint du fond de la salle, et, soudain, elle entra, lente et balancée, avec le bijou de sa ferronnière au front comme un signe d'empire, dans le froutement long de sa traîne. Picard les présenta; elle eut un petit cri; et lui, la regardait, gêné de ses yeux bas de paysan, fléchissant gauchement le torse, tandis que, d'une révérence profonde comme un rite, la belle comédienne, avec la grâce cérémonieuse d'une petite reine de Byzance, lui dédiait, sans une parole, l'hommage de son culte d'artiste. Maeterlinck la regarda beaucoup et à peine lui parla pendant le souper. »(45)

Cette rencontre, relatée par C. Lemonnier, devait être un événement capital pour Maeterlinck puisqu'il partagea sa vie pendant plus de vingt ans avec l'actrice. L'influence de la comédienne sur son œuvre? Elle est difficile à cerner. En réalité plus complexe qu'elle ne l'a présentée elle-même dans ses Souvenirs et moins nette, plus diffuse, que ne l'a vue la critique, pour laquelle il y aurait un avant et un après Georgette Leblanc.

À lire certaines des lettres de Maeterlinck à son égérie, on serait enclin à penser que la rencontre avec l'actrice fut une fracture, dont les repercussions sur le climat de son œuvre sont évidentes: « Quand je songe à présent, lui écrit-il, aux choses que j'ai écrites avant de te connaître, comme toutes ces petites œuvres me semblent mortes et sans valeur à côté de ce qu'elles devraient être! Je n'avais alors que des pressentiments de la vie véritable... et je me demandais si mes meilleurs moments n'étaient pas ce qu'on appelle littérature...»(46). Genre d'aveu qui perd de sa valeur, lorsqu'on sait le mépris affiché par l'auteur pour ses œuvres antérieures. À peine a-t-il terminé ses Serres chaudes qu'il confie à Mockel que son recueil vaut «peu de chose après tout»(47). Mais à y regarder de plus près, Maeterlinck ne souligne-t-il pas dans cette lettre qu'il doit à Georgette Leblanc de lui avoir révélé qu'il y a une autre vie que celle de «la littérature», à laquelle il a consacre exclusivement son labeur jusqu'à sa rencontre avec elle ?

Une chose est sûre. Comme en témoignent ses œuvres majeures écrites avant 1895, c'est-à-dire avant qu'il ne connaisse Georgette [32] Leblanc, le dramaturge est un introverti. Quel que fût le changement de vie que lui apporte la comédienne, il reste un homme porté à la réflexion sur le monde intérieur et la destinée, fasciné par le mystère de la vie et de la mort. L'effet de la rencontre de ce solitaire qu'est Maeterlinck avec l'exubérante Georgette ne peut-être interprété que si on le replace dans ce contexte de profonde intériorité. Selon nous, l'actrice lui a apporté une certitude qu'il exprime au début de son essai du Trésor des humbles, intitulé «La vie profonde » : «II faut que tout homme trouve pour lui-même une possibilité particulière de sa vie supérieure dans l'humble et véritable réalité quotidienne. »

Pour le contemplateur qu'il était par nature et qu'il reste sa vie durant, l'amour de la femme, incarnée par Georgette Leblanc, témoigne à ses yeux de la possibilité d'accéder à la vie supérieure. L'amour s'inscrit dans la ligne de sa psychologie qu'on peut, en ce sens-là, qualifier de « mystique ». Maeterlinck note dans son Carnet du 19 octobre 1896, que l'amour «est la forme la plus divine de l'infini». La très haute idée qu'il se forge de l'amour - pour lui le moyen d'accès à l'Unité primitive - va de pair avec la conception spiritualiste de la « Femme » qu'il expose dans Le Trésor des humbles («Sur les femmes»). La supériorité des femmes, qui «ont conservé le sens mystique sur notre terre», se situe au stade de leurs relations avec l'inconscient et de leur entente secrète avec les choses. S'interrogeant sur l'essence de la femme et de l'amour, Novalis avait déposé dans ses Fragments - la traduction de Maeterlinck paraît en 1895 - une réflexion analogue : «N'ontelles pas cette ressemblance avec l'infini qu'on ne peut les élever au carré et qu'il n'est possible de les trouver que par approximation ?» Pour Maeterlinck «le royaume de l'amour» représente «le grand royaume des certitudes» («Sur les femmes»),

On a tout lieu de supposer que l'amour qu'incarne à ses yeux Georgette Leblanc, a libéré Maeterlinck des pesanteurs de son moi, qu'elle a délivré des doutes qui le taraudaient à l'époque des Serres chaudes et de L'Intruse. Le changement de ton du Trésor des humbles est notable et va dans ce sens-là. Distance est prise à l'égard d'une vision exclusivement négative de la vie. «Notre morale se transforme», note l'auteur qui, tout en guettant les signes d'une «conquête spirituelle(48) insiste désormais sur le rayonnement de l'âme, sur la contagion de la beauté(49) que lui a transmise l'amour de Georgette. «Il y a de la lumière dans tout ce qui arrive», constate-t-il. L'éthique [33] de L'Oiseau bleu (1905) se profile déjà! Demeurent, en revanche, le «sentiment de l'infini»(50), la hantise de l'inconnu, le pressentiment de l'invisible, fondements de l'oeuvre tout entière, sur lesquels l'introverti qu'il est continuera de réfléchir, et, à partir de là, de créer. Et là-dessus Georgette Leblanc n'a pas eu prise.

Agiavaine et Sélysette (1895), pièce en cinq actes, se situe-t-elle à la charnière du nouveau théâtre, qui compte Monna Vanna (1902), Joyzelle (1903) et L'Oiseau bleuï Que la pièce marque un tournant par rapport à la dramaturgie symboliste, ne fait pas de doute. «H avait voulu créer une héroïne qui me plût », écrit Georgette Leblanc à propos d'Aglavaine. Elle poursuit: «Je la détestais, cette Agiavaine que j'avais fait naître et dont j'étais responsable. [...] Mais elle a marqué une évolution dans V œuvre du poète. Impuissant à lui donner la vie, son effort au moins l'obligea à regarder du côté de la vie. C'est à partir de ce moment qu'il se dégagea des brumes symbolistes. »(51) Si changement il y a dans la vie de l'écrivain, il peut être attribué à Georgette Leblanc, dans la mesure où celle-ci incame à ses yeux la possibilité d'une médiation entre lui et la «vie de l'âme».

Au mois de mars 1897, Maeterlinck s'établit à Paris. Déracinement? Effectivement, durant les trente-quatre premières années de sa vie, il n'a pratiquement jamais quitté Gand, la Belgique. C'est un fait, dont on ne doit pas sous-estimer l'impact. Il faut constater que la plupart des œuvres symbolistes ont été réalisées à Gand. Qu'elles portent les marques profondes de son environnement familier, de son éducation et de son milieu - avec les particularités qu'implique un enracinement aussi profond - c'est là une évidence, dont la critique doit tenir le plus grand compte. L'œuvre symboliste de Maeterlinck a mûri en vase clos. Or, au printemps 1897, l'écrivain largue définitivement les amarres. Il reviendra certes en Belgique pour retrouver la grande maison paternelle ou le parc de Wondelgem et ses deux amis fidèles, Grégoire Le Roy et Charles Van Lerberghe.

À partir de cette époque, il n'est pas excessif de parler d'errance, pour lui, qui fut si longtemps sédentaire. Les domiciles qui se succéderont désormais à un rythme accéléré, en sont la preuve. Difficilement, il s'acclimate à l'appartement de Passy, que Georgette Leblanc avait meublé «à la flamande». Pour s'isoler, il loue au [34] de la rue Lalo, non loin du Bois, au cinquième étage, une chambre, où il installe une table, deux chaises et un portemanteau. Dans cette cellule monacale, il commence le manuscrit de La Sagesse et la Destinée.

La dédicace à Georgette Leblanc porte témoignage du bonheur du couple, en dépit de tout ce qui les sépare. L'actrice mondaine, indépendante, et totalement dépourvue de sens pratique; lui, le bourgeois, plutôt timide, hostile à toute agitation, qui n'aimait pas les musiciens plus que la musique et qui répétait en riant: «Tous des détraqués, des malades, ces musiciens. »(52)

«Je vous dédie ce livre, qui est pour ainsi dire votre œuvre. Il y a une collaboration plus haute et plus réelle que celle de la plume; c'est celle de la pensée et de l'exemple. Il ne m'a pas fallu péniblement imaginer les résolutions et les actions d'un sage idéal, ou tirer de mon cœur la morale d'un beau rêve forcément un peu vague. Il a suffi que j'écoutasse vos paroles. H a suffi que mes yeux vous suivissent attentivement dans la vie; ils y suivaient ainsi les mouvements, les gestes, les habitudes de la sagesse même. » (53)

Le livre fut un triomphe. Désormais, l'auteur a un très large public dans le monde entier. En France, 12 000 exemplaires sont vendus en moins de deux ans, près de 20 000 en cinq ans. Georgette Leblanc, l'inspiratrice, regrettera de ne pas avoir écrit elle-même l'ouvrage traitant de problèmes qui l'intéressaient personnellement... En 1926, Maeterlinck, lors d'une réédition, supprimera la dédicace.

Dès l'été, Maeterlinck qui ne peut se passer de la campagne, va et vient entre la villa La Montjoie dans l'Orne et l'appartement parisien. Succède le domicile de la rue Raynouard, une vaste maison «remarquable par son style du vieux palais italien», que Balzac avait habitée. Le couple s'y installe en avril 1900. Georgette reçoit, Mirbeau, Rodin, Jules Renard, Paul Fort, Jean Lorrain, Rodenbach et d'autres... Tout en poursuivant sa carrière, elle devient très vite l'interprète de l'oeuvre de Maeterlinck en France et à l'étranger.

Puis, c'est l'installation à Gruchet-Saint-Siméon, un ancien presbytère, près de Lumeray, entouré de hêtres. On retournera à Paris, [35] en hiver. Maeterlinck ne participe guère à la vie mondaine de sa compagne. Le taiseux se retire le plus qu'il peut. Il a besoin de calme, de campagne, de jardin pour travailler. Les changements de domicile n'entravent pourtant pas sa production. Désormais, il consacre son labeur surtout à un nouveau théâtre et à l'essai philosophique, genre peu représenté en Belgique, où il traite des problèmes d'ordre métaphysique et psychique. De La Sagesse et la Destinée au Temple enseveli (1902) et au Double Jardin (1904), Maeterlinck poursuit sa méditation. Non sans que celle-ci ait pris, au demeurant, une certaine inflexion. C'est que depuis quelque temps, le penseur et le moraliste, chez lui toujours inséparables, s'étaient préoccupés davantage du problème de la Justice, lié, dans le premier théâtre, à ceux de la Fatalité, de la Providence, de la Prédestination... Dès lors qu'après La Sagesse et la Destinée Maeterlinck prend ses distances par rapport à l'idée de Fatalité inexorable et incompréhensible, et tente d'édifier une morale de la « Sagesse », il est concevable qu'il se pose le problème de la Justice dans l'Univers et dans la Vie. C'est l'objet de ses essais, tels « La justice » et «L'évolution du mystère» dans Le Temple enseveli (1902). Ainsi il s'exclame à propos de la justice: «Qui niera qu'il y en ait une, et qui ne sent qu'elle est irrésistible, qu'elle enveloppe toute la vie humaine, et que règne en son centre une intelligence qui ne trompe pas, et qu 'on ne trompe pas davantage?» (Le Temple enseveli). Et il termine l'essai sur cette réflexion, qui témoigne de l'intérêt qu'il attache désormais à l'idée de justice: «Nous avons parlé bien longuement de la Justice, mais n'est-elle pas le grand mystère moral de l'homme, et ne tend-elle pas à se substituer à la plupart des mystères spirituels qui dominaient sa destinée ? Elle a pris la place de plus d'un dieu, de plus d'une puissance anonyme. Elle est l'étoile qui se forme dans la nébuleuse de nos instincts et de notre vie incompréhensible. »

Cette réflexion du solitaire alterne avec les heures d'observation de la vie des insectes. Le 2 septembre 1900, il écrivait à son ami Cyriel Buysse : «J'ai fait une longue étude sur les abeilles, qui sera, je crois, assez neuve et intéressante. Elle ne paraîtra qu'en décembre à cause des traductions.»(54) Maeterlinck est revenu au monde des abeilles, qu'il avait assidûment fréquenté avec son père à Wondelgem. Georgette Leblanc raconte comment naquit La Vie des abeilles à Gruchet-Saint-Siméon : [36]

«[...] au moment où il commença son livre nous avions disposé des soucoupes remplies de miel pour attirer les braves petites mouches. Tandis qu'elles suçaient le liquide, nous laissions tomber sur leur dos une goutte de peinture de couleurs différentes pour les reconnaître. Ainsi nous pouvions dépister leur intelligence, même leur invention, car nous leur posions des problèmes tragiques. Nous étions au-dessus d'elles comme deux géants malfaisants, détruisant leur ouvrage et contrariant sans cesse leurs desseins.

Le poète fit venir une ruche d'observation que l'on plaça dans le salon. Cette petite maison de verre fut posée près d'une vitre fermée. Elle avait à sa porte un minuscule pont aboutissant à un trou percé dans le bas de la fenêtre. Sur cette passerelle nous pouvions suivre tout le jour les allées et venues des travailleuses, et quand elles rentraient chez elles nous surprenions leur vie intime.

[...] On m'a souvent interrogée avec un sourire sur la science d'apiculteur de Maeterlinck, Sa connaissance de la ruche datait de son enfance. Il en avait appris tout jeune les moindres secrets en aidant son père qui avait consacré une partie de son jardin à l'apiculture. C'est même le seul de ses ouvrages pour lequel j'ai vu Maeterlinck se documenter par des expériences personnelles et point seulement par des lectures. »(55)

En 1901, paraît La Vie des abeilles. On a tout lieu de s'interroger si son premier volume «scientifique» n'a pas assis la réputation mondiale du Gantois plus solidement encore que Pelléas et Mélisande, dont il dut, bon gré mal gré, partager le succès avec Claude Debussy. Lors du centenaire de la naissance du grand Belge, en 1962, Joseph Hanse rappelait qu'on ne dénombrait pas moins de 237 000 exemplaires de La Vie des abeilles - compte tenu des éditions de bibliophiles et des très nombreuses traductions. Ce livre, i qui fut suivi de L'Intelligence des fleurs (1907), devait être le premier volet d'un triptyque, complété par La Vie des termites (1927) et La Vie des fourmis (1930). Autant d'ouvrages devenus vite de vrais bestsellers. Il semble bien d'ailleurs que l'image de l'apiculteur et, plus généralement, de l'entomologiste ait éclipsé, dans le grand public, celle du poète-dramaturge. [37]

Qu'est-ce à dire? Y aurait-il deux Maeterlinck? Deux époques fortement contrastées, dissemblables, dans l'évolution de sa pensée et de son œuvre? Y aurait-il, d'un côté, le poète à l'écoute de la vie profonde, fermé aux sollicitations du monde extérieur et le naturaliste épiant les moindres manifestations de la vie animale et végétale, le passionné d'astronomie, scrutant le ciel? En somme, l'exégète de Ruysbroeck l'Admirable et de Novalis, le lecteur fervent des écrits de Bôhme, de Swedenborg et d'Emerson, se serait-il mué d'un seul coup en scientifique? La froide objectivité de l'homme de science aurait-elle succédé à l'empathie qui l'avait porté, plusieurs décennies, dans sa quête de l'inconnu? La série d'ouvrages, inaugurée par La Vie des abeilks, pose le problème de la Weltanschauung de Maeterlinck et, au-delà, celui de sa personnalité.

Disons-le, si l'observation de la vie des insectes - abeilles, fourmis et termites confondus - vaut au plan de la science, il n'en est pas moins évident que ce questionnement sur la vie des insectes et des végétaux a ramené le penseur à la question fondamentale qu'il n'a cessé de se poser, et autour de laquelle tournent ses drames de La Princesse Maleine à La Mort de Tintagiles: le mystère de la vie. «La vérité suprême du néant, de la mort et de l'inutilité de notre existence... » que le dramaturge dénonce très haut dans sa préface du Théâtre de 1901, l'entomologiste en fait le constat au miroir de la vie de l'infiniment petit.

À cette nuance près, c'est qu'il ne s'agit plus, dans cette sphère, du destin isolé de l'individu, mais du sort de sociétés collectives, à l'image de l'homme des cités futures. Laissons la parole à l'auteur de La Vie des termites: «Dans la sombre république stercoraire, le sacrifice est absolu, l'emmurement total [...] tout est noir, opprimé, oppressé. Les années s'y succèdent en d'étroites ténèbres. Tous y sont esclaves et presque - tous aveugles [...]. Tout s'accomplit, de bout en bout, dans une ombre éternelle [...]. Une forme nouvelle de la fatalité, et peut-être la plus cruelle, la fatalité sociale vers laquelle nous nous acheminons, s'est ajoutée à celles que nous connaissons [...]. Nul repos que dans le sommeil final. »

On peut constater ceci: l'auteur de La Vie des termites décrit le climat dans lequel se déroule la vie des insectes archiptères en des termes qui rappellent curieusement ceux que le dramaturge de Pelléas et Mélisande utilise pour suggérer l'enfermement de ses personnages: «Exprimer surtout», note-t-il dans son Agenda (février 1891), [38] «cette sensation d'emprisonnés, d'étouffés, de haletants en sueur qui veulent se séparer, s'en aller, s'écarter, fuir, ouvrir, et qui ne peuvent pas bouger. Et l'angoisse de cette destinée contre laquelle ils se heurtent la tête comme contre un mur et qui les serre de plus en plus étroitement l'un contre l'autre. » Aveuglement, mystère et absurdité, sont le lot commun de l'homme et de l'insecte. A la fatalité dont l'individu est la victime s'est substituée la fatalité sociale que décrit l'entomologiste au miroir de La Vie des termites. «Les résultats sont pareils », constate-t-il. Même si pour les abeilles ! « tout est lumière et azur», et que pour les termites « tout est ténèbres, oppression souterraine... atmosphère de cachot... »! Et de conclure que ces sociétés collectives sont « les préfigurations de nos propres destins ».

Une chose ne manque pas de frapper: la reflexion du naturaliste est analogique, au même titre que l'est celle de l'écrivain symboliste. Une fois les faits établis par l'observation et l'analyse, Maeterlinck n'hésite pas à développer sa méditation en imaginant ; les rapports, les correspondances entre l'homme et l'animal.

Ces réflexions, surprenantes à première vue, se comprennent certainement mieux, si elles sont lues à la lumière de la doctrine de l'organicisme. Selon une théorie courante au XVIIIe siècle - Pierre-Louis Moreau de Maupertuis y adhère dans son Système de la Nature (1751) - que l'on rejoint chez Herder, développée par les «Philosophes de la Nature » et dans l'ontologie biologique de Schelling, il existerait une échelle des êtres dont l'homme constitue le chaînon le plus élevé, suivi des bêtes, des plantes, des pierres et des astres. La nature tout entière est intégrée dans cette grande chaîne des êtres, qui mène de l'animal au minéral en passant par le monde des végétaux. À l'antipode du dualisme cartésien, c'est cette thèse qui nourrit la pensée magique de Maeterlinck.

Cette vue de scientifique éclairé, nourrie de l'épistémologie de la Totalité, n'exclut pas l'activité de l'auteur dramatique au sein d'un théâtre empreint d'une tonalité assez nouvelle. Paraissent Monna Vanna en 1902, dont le rôle refusé par Sarah Bernhardt, est joué par Georgette Leblanc Ariane et Barbe-Bleue en 1907 et Sœur Béatrice en 1908. Autant de pièces créées dans la perspective du rôle principal que la comédienne y devait jouer.

Le couple quitte Paris et, en 1906 - la mort du père de Maurice en 1904 a donné à l'écrivain une aisance certaine -, il achète à [39] Grasse la villa des Quatre-Chemins, « une sorte de vieux petit château provençal [...] au milieu du plus merveilleux pays du monde», écrit-il à Charles Van Lerberghe. Pourtant un an à peine s'est écoulé, Maeterlinck acquiert le monastère de Saint-Wandrille, tout près d'Yvetot, que les bénédictins venaient de quitter. Georgette Leblanc raconte comment il vivait là:

«Maeterlinck avait réglé son temps comme toujours - travail le matin, sieste après le déjeuner, correspondance, promenade et sport jusqu'au dîner. Seule l'atmosphère de nos soirées différait.

A Nice, Maeterlinck lisait dans le fauteuil à gauche de la cheminée; l'amoncellement quotidien des journaux grandissait autour de lui, sous un bec Auer qui éclairait brutalement le salon entier. À Saint-Wandrille, ses deux mains, tenant son journal, occupaient tout le rayon de la lampe et des montagnes d'ombre nous environnaient. Nous étions seuls dans un monde de ténèbres et de silence. Parfois, dans les corridors, je croisais une chauvesouris ou un hibou, les ruines communiquant avec les bâtiments habitables. Rien n 'était parfaitement clos.

Souvent les pluies normandes étaient si assidues que l'on croyait se mouvoir dans une prison d'eau. Maeterlinck prenait ses patins à roulettes et, à travers les salles, il roulait à toute vitesse, la pipe à la bouche, un livre sous le bras et son chien sur les talons. Le bruit se répercutait sous les hautes voûtes avec un fracas épouvantable qui résonnait d'un bout à l'autre du monastère. »(56)

Dans l'esprit de Georgette, germe l'idée de faire de Saint-Wandrille un Bayreuth français. « Outre les drames de Maeterlinck qui presque tous s'adaptaient à l'Abbaye, je voulais faire revivre là, à leur place, les Mystères du Moyen Âge, enveloppés des chants grégoriens »(57), elle souligne: «Je dois à l'Abbaye, avec Macbeth et Pelléas, mes plus grandes sensations d'art...»(58) Effectivement, pour elle, il décide d'écrire une nouvelle traduction de Macbeth(59), après celle de François-Victor Hugo, «une des meilleures que nous possédions », reconnaît-il. Publiée en plaquette en 1909, Fasquelle en donne une seconde édition avec introduction et notes en 1910. Une réflexion comme celle-ci montre bien la sensibilité du traducteur et, en même temps, la modestie du philologue éclaire face au texte monumental: «Les humbles traducteurs sont, [40] devant Shakespeare, comme autant de peintres assis devant la même forêt, la même mer ou la même montagne. Chacun d'eux en fera un tableau différent. Presque autant qu'un paysage une traduction est un état d'âme. »(60) Macbeth est représenté le 28 août 1909 dans une mise en scène révolutionnaire. Acteurs et spectateurs déambulent dans les couloirs de l'Abbaye. Ce fut un triomphe. Pelléas et Mélisande représenté un an plus tard - Georgette Leblanc tenait encore le rôle de Mélisande -recueille un succès moindre. Des projets concernant La Princesse Maleine et Hamiet ne se réalisent pas. L'intention de faire de Saint-Wandrille un haut lieu de la scène française échoue devant l'opposition vigoureuse de Maeterlinck.

L'événement de ces années-là, c'est incontestablement L'Oiseau bleu, éclos dans le grandiose décor de Saint-Wandrille. Féerie en six actes et douze tableaux, datée de 1908, la pièce est composée en grande partie dès l'été 1905. Applaudi à Saint-Pétersbourg, puis à New York, à Londres - à Paris seulement en 1911 au Théâtre Réjane-, L'Oiseau bleu fait connaître Maeterlinck dans le monde entier, notamment après la guerre, aux États-Unis. Parmi les comédiens - en majorité des enfants - à la création il y avait une jeune Niçoise, Renée Dahon, qui avait dix-huit ans à la première représentation. Elle tenait deux petits rôles le « Bonheur du Printemps » et le «Rhume de cerveau». Elle plut à l'auteur et à Georgette Leblanc. Dix ans plus tard, celui-ci l'épousera.

En 1911, le prix Nobel de littérature - le seul obtenu par un écrivain belge - apporte la considération à l'écrivain gantois. Conformément à ses statuts, l'Académie suédoise honorait une «œuvre littéraire qui brillât dans le sens de l'idéalisme ». A cette occasion, la Ville de Bruxelles et le Cercle artistique et littéraire donnèrent un gala, le 8 mai 1912, au Théâtre de la Monnaie, en présence de la famille royale. Celui-ci comportait un acte de Pelléas - Mélisande ' était jouée par Georgette Leblanc - certains fragments de La Vie des abeilles et un poème de Gérard Harry, ami du lauréat. Gabriel Fauré dirigeait l'orchestre.

Le succès n'empêche pas Maeterlinck de suivre le cours de sa réflexion métaphysique. La Mort - dont l'édition anglaise avait paru en 1911 - le montre de plus en plus préoccupé par les problèmes de vie après la mort - évoqués de manière poétique dans L'Oiseau [41] bleu. Marie-Magdeleine est créée en mars 1913 au Casino de Nice, reprise au Théâtre du Châtelet à Paris en mai et publiée par Fasquelle. Maeterlinck avait été pressenti par l'Académie française. Il I refuse cependant cet honneur, car, pour y être accueilli, il devait renoncer à sa nationalité belge. Lorsque la guerre éclate en août 1914, son engagement dans la Légion étrangère lui est refusé : il a cinquante-deux ans. « Votre superbe plume nous rendra autant de services que toute une batterie d'artillerie», lui réplique le gouvernement belge. Cette «plume» va se laisser aller à la haine contre l'Allemagne, comme celle de Verhaeren. Les articles patriotiques se succèdent, dont quelques-uns seront recueillis dans Les Débris de la guerre, parus chez Fasquelle en 1915. Les Sentiers dans la montagne paraîtront en 1919 chez le même éditeur. On retrouve dans Les Débris de la guerre,

Le Massacre des Innocents, ce conte de ses débuts qui appparaît à Maeterlinck, en pleine guerre, comme une «sorte de vision symbolique», prémonitoire(61). Sa contribution à la propagande, ce sont surtout deux pièces de guerre, Le Bourgmestre de Stilmonde et Le Sel de la Vie. La violence de l'antigermanisme qui alimente ces deux drames, ne peut s'expliquer, selon nous, que par la déception très profonde de l'écrivain, dont l'admiration immense pour l'Allemagne et sa culture, s'est trouvée, le 2 août 1914, démentie, trompée, de la façon la plus brutale. Et peut-être aussi en tant que compensation plus ou moins consciente par rapport à l'éloignement de son milieu, de son pays, la Belgique, à laquelle pourtant, comme Verhaeren, il croyait fermement.

Maeterlinck vit à Nice, dans une ancienne maison de retraite pour religieuses, rebaptisée Les Abeilles. Il reçoit des compatriotes de passage, coupés de la Belgique occupée, comme Franz Heiïens et Emile Verhaeren. L'Hôte inconnu, consacré à une réflexion sur l'inconscient, paraît en 1917. Dès la fin de la guerre, il s'embarque pour une tournée aux États-Unis. C'est un triomphe. On fête comme une grande vedette l'auteur de L'Oiseau bleui Les projets de Russell se réalisaient enfin, l'imprésario anglais qui avait tenté en vain de faire venir Maeterlinck à New York en 1911 pour la représentation de Pelléas sur la scène du Boston Opéra House. Au-dessus du paquebot Paris, les avions de l'escadre Vanderbilt, les ailes peintes en bleu pour faire honneur à l'auteur, passèrent plusieurs fois à grand fracas. Des pancartes accrochées au-dessus de la sortie du quai proclamaient «Bienvenue à Maeterlinck», escorté, au bruit [42] strident des sirènes de police, par des agents en moto... Les grands magasins avaient rivalisé d'imagination pour composer leurs étalages sur le thème de L'Oiseau bleu. Aux coins des rues, on vendait des cocardes bleues.

L'écrivain belge fut fêté partout comme l'idole littéraire de New York. W. H. Halls raconte: «La représentation de L'Oiseau bleu eut lieu le 27 décembre. Maeterlinck revêtit sa tenue de soirée - costume qu'il déclara, non sans exagération, n 'avoir porté auparavant qu 'à un mariage. Il prétendit que, ainsi vêtu, il avait l'air d'un vendeur de chocolat. Malgré son indifférence à l'endroit de la musique, il resta jusqu'à la fin de cette soirée de gala, assis dans une loge spéciale avec l'ambassadeur de Belgique et sa femme, la baronne de Cartier. »(62) Quant aux conférences en anglais, elles furent pour le moins difficiles. Maeterlinck, on le sait, qui n'aimait pas parler en public, n'était pas un orateur, à plus forte raison dans une langue étrangère. Le paquebot Touraine le ramena au Havre en mai 1920.

Le 19 août 1920, Maeterlinck est désigné par le roi parmi les fondateurs de l'Académie royale de langue et de littérature françaises. Il est fait grand cordon de l'ordre de Léopold. Les contacts avec la Belgique se font rares. Cependant le 23 août 1921, il envoie sa signature à un «Manifeste des intellectuels belges contre la flamandisation de l'université de Gand et la séparation administrative ».

Vient la période des voyages. Il se rendra tout à tour en Italie du Nord, en Sicile (1923), en Egypte, Grèce et Palestine (1924), 1 au Maroc (1926), sans que ces voyages laissent de traces sur son | œuvre. Ses publications se succèdent à un rythme rapide. Fasquelle ; publie Le Grand Secret en 1921. Suivent La Vie de l'espace (1928), La | Grande Féerie (1929), La Grande Loi (1934). La réflexion sur la destinée alterne avec l'étude des doctrines ésotériques et du métapsychisme. La vie des insectes ne cesse pas cependant de capter son intérêt. La Vie des fourmis paraît en 1930.

Les scientifiques - à l'exception de Jean Rostand qui salua ses travaux entomologiques - ont soumis ses livres à une critique sévère en lui reprochant son dilettantisme de poète(63). Les recueils dits « pascaliens », qui ont paru entre 1934 et 1942, sont tombés dans l'oubli: Avant le grand silence (1934) ; Le Sablier (1936) ; L'Ombre des ailes (1936); Devant Dieu (1937); La Grande Parte (1939; L'Autre [43] Monde ou le Cadran stellaire (1942). Mélange d'observation et d'imagination, à michemin entre philosophie - mathématique - parapsychologie et spiritisme - quand ils ne traitent pas d'astronomie, ces ouvrages eurent un immense succès lors de leur parution.

En contrepoint à ces livres qui connaissent un très fort tirage, l'échec de La Princesse Isabelle (1935) laisse transparaître le changement de mode en littérature depuis les Maleine et Mélisande.

Lorsqu'éclate la Seconde Guerre mondiale, Maeterlinck est au Portugal. Lui, qui avait soutenu les initiatives des socialistes belges, encouragé de ses deniers les grèves au Borinage en 1914, préface des discours politiques, traduits en français du président Salazar. Avec Roland Mortier(64) on peut voir dans cette prise de position politique surprenante, la réaction face à la peur croissante du collectivisme, qu'il avait condamné sous la métaphore de La Vie des fourmis. L'écrivain quitte l'Europe pour les États-Unis. Il réside d'abord à New York, puis à Palm Beach. Le 29 août 1943, il fête son 81e anniversaire au 65e étage d'un building de Rockefeller Center. Sauvé par la pénicilline d'une broncho-pneumonie, il brûle du désir de rentrer en France. Il débarque à Marseille le 10 août 1947 et s'installe provisoirement à la villa Alhambra, au quartier de Cimiez, dans l'appartement de son ami Eugène Baie. Après un séjour à l'hôtel Negresco, il pourra rentrer à Orlamonde, restauré après les pillages subis pendant l'occupation.

Jeanne d'Arc, pièce historique en douze tableaux, qui avait été terminée en 1940 aux États-Unis, paraît en juin 1948 aux Éditions du Rocher. La même année, Maeterlinck publie Bulles bleues chez le même éditeur, avec pour soustitre Souvenirs heureux. Il en avertit son lecteur : « Ce sont les seuls à qui je permette de vivre. » II poursuit dès la préface, dans le style métaphorique de ses grands essais:

«Elles [les bulles] ne sont pas toutes d'un bleu immaculé, l'immaculé est extrêmement rare sur cette terre, même dans les vies qui n'eurent pas à se plaindre des rigueurs du destin, mais si pâles qu 'elles soient, elles planent encore dans les rayons d'azur qui les revêtent d'illusions.

Les autres, les bulles de malheur ou d'ennui qui surgissent des tristesses ou des déceptions de toute existence, sont mortes en moi [44] parce que je ne les ai pas nourries de mon souffle, parce que je les ai laissées s'évaporer dans l'espace. »

Suit cette profession de foi qui témoigne que sa croyance dans l'unité fondamentale du cycle infini de la nature est aussi vivante en lui à la fin de sa vie qu'à ses débuts :

«Rien ne meurt véritablement en ce monde ou dans l'autre. »

Le soir du 5 mai 1949, l'écrivain qui n'a cessé sa vie durant de s'interroger sur l'énigme de la destinée, s'éteint à Nice. Le matin du 17 mai, sa dépouille mortelle est incinérée à Marseille, au cimetière Saint-Pierre. Ses cendres sont ramenées à Orlamonde.

 

NOTES

1. Franz HELLENS, «Maurice Maeterlinck», in Annales de la Fondation Maurice Maeterlinck, tome III, 1957, p. 8.

2. Suzanne LILAR, Une enfance gantoise, Paris, Grasset, 1976, «Le Langage», p. 39.

3. Cf. à ce sujet l'« Introduction» de Joseph Hanse aux Poésies complètes de Maurice MAETERLINCK, Bruxelles, La Renaissance du Livre, 1965, p. 65.

4. Maurice MAETERLINCK, Bulles bleues. Souvenirs heureux, Monaco, Éditions du Rocher, 1948, «Ostacker», p. 25.

5. Ibid., « Chez les Jésuites », p. 83.

6. Ibid., p. 86.

7. Georges RODENBACH, Le Rouet des brumes. Contes posthumes, Paris, Librairie Ollendorff, 1901, «Au collège», p. 201-202.

8 Cité d'après Alex PASQUIER, Maurice Maeterlinck, Bruxelles, La Renaissance du ! Livre, 1963, p. 27.

9 Roland MORTIER, «Histoire d'une vie», in Maurice Maeterlinck, 1862-1962, Bruxelles, La Renaissance du Livre, 1962, p. 18.

10. Camille LEMONNIER, La Vie belge, Paris, Fasquelle, 1905, p. 288-289.

11. Bulles bleues, op. cit., «Villiers de l'Isle-Adam, p. 195.

12. Jules HURET, Enquête sur l'évolution littéraire (1891), Vanves, Éditions Thot, 1982, «Maurice Maeterlinck», p. 126.

13. Maurice MAETERLINCK, «Introduction» à Louis ROZEYRE, Au temps du quartier, | Paris, Édit. du monde moderne, 1927, p. 6.

14. Roland MORTIER, op. cit., p. 22-23. [45]

15. A. W. RAITT, Villiers de l'Isle-Adam et le mouvement symboliste, Paris, Librairie José Corti, 1965, p. 399.

16. Bulles bleues, op. cit., «Villiers de l'Isle-Adam», p. 200.

17. Iwan GILKIN, lOjanv. 1880, La Semaine des Étudiants.

18. Cité d'après A. W. RAITT, op. cit., p. 385.

19. Joseph HANSE, « Le premier Maeterlinck », in Naissance d'une littérature, Bruxelles, Édit. Labor, «Archives du Futur», 1992, p. 185.

20. Georgette LEBLANC, Souvenirs (1895-1918), Paris, Grasset, 1931, p. 5-6.

21. L'article sur les «Trois poètes» paraît dans La Jeune Belgique du 5 juillet 1886. Il a été repris dans Évocations, 1924.

22. Jean WARMOES, « La Jeunesse de Maeterlinck ou la poésie du mystère. Une conférence inédite d'Albert Mockel », m Annales de la Fondation Maeterlinck, tome VI, 1960.

23. Vraisemblablement à la Bibliothèque royale de Bruxelles, sinon à Groenendael comme il le prétend. On a tout lieu de penser qu'il a été mis sur la piste de Ruysbroeck par la lecture de A rebours de Huysmans. Celui-ci cite Ruysbroeck dans la page de titre.

24. En réalité, le document porte une date incomplète. Robert 0. J. Van Nuffel a établi, avec certitude, qu'il ne peut s'agir que du 24 décembre de l'année 1885. La découverte de cette lettre et sa datation présentent un intérêt capital, comme Joseph HANSE l'a montré «De Ruysbroeck aux Serres chaudes», in Le Centenaire de Maurice Maeterlinck (1862-1962), Palais des Académies, 1964, p. 75-129.

25. Maurice MAETERLINCK, «Ruysbroeck l'Admirable», in Revue générale, Bruxelles, oct.-nov. 1889, p. 470.

26. Ibid., p. 668.

27. Ibid., p. 472.

28. Ibid., p. 666.

29. Ibid., p. 462.

30. Maurice MAETERLINCK, «Introduction» à sa traduction de L'Ornement des noces spirituelles de Ruysbroeck l'Admirable, Bruxelles, Lacomblez, 1891, p. 4. - L'Ornement a été publié en 1990 par les Éditions Les Éperonniers, coll. « Passé présent», Bruxelles.

31. Cité par Raymond POUILLIART, « Un projet et quelques lectures », in Annales de la Fondation Maeterlinck, tome X, 1964, p. 18.

32. Lettre à Léon Dommartin, 8 janvier 1891.

33. Le lecteur voudra bien se reporter au texte lui-même, dans lequel Maeterlinck donne les informations nécessaires à propos des mystiques cités - dates et œuvres. Précisons que Thomas a Kempis, connu aussi sous le nom de Thomas von Kempen, né à Kempen en 1379-80 et mort à Zwolle (Hollande) en 1471, est l'auteur des quatre volumes De imitatione Christi, l'ouvrage de la littérature le plus connu après la Bible.

34. On doit à R. POUILLIART la transcription, l'exégèse et la publication de ce manuscrit inédit déposé au Musée de la Littérature. Celui-ci a édité Les Visions typhoïdes dans la revue La Fenêtre ardente, n° 2, Bruxelles, 1974.

35. Maurice MAETERLINCK, Le « Cahier bleu », édition critique avec notes, index et bibliographie de Joanne Wieland-Burston, Gand, Éditions de la Fondation Maurice Maeterlinck, 1977, p. 101.

36. Maurice MAETERLINCK, « Introduction » à sa traduction : Les Disciples à Sais et les Fragments de Novalis (1895). Texte repris dans notre édition : NOVALIS, Fragments précédé [46] de Les Disciples à Sais, traduit par M. Maeterlinck, « Préface » et « Postface » par Paul Gorceix, Paris, Lib. José Corti, coll. «En lisant en écrivant», 1992, p. 27.

37. Dommage que Maeterlinck n'ait vu en Lichtenberg que le penseur rationaliste, oubliant que ce lecteur de Bôhme s'est intéressé au rêve et à toutes les manifestations de la vie inconsciente.

38. Raymond POUILLIART, «L'orientation religieuse de Maurice Maeterlinck en 1887 et 1888 », Bulletin de l'Académie royale de langue et de littérature françaises, t. XL, n° 3, 1962.

39. Ana GONZALEZ SALVADOR, « Lecture d' Onirologie de Maeterlinck », in Textyles, n° 10, «Fantastiqueurs», 1993, p. 60.

40. Bulles bleues, op. cit., «Imprimeries», p. 209.

41. Lettre à Octave Mirbeau, sans lieu ni date, probablement de 1890. Cité d'après W. D. HALLS, « Some Aspects of thé Relationship between Maeterlinck and Anglo-American Literature», in Annales de la Fondation Maeterlinck, tome I, 1955, p. 13.

42. Bulles bleues, op. cit., «Imprimeries», p. 209.

43. Ibid., p. 210.

44. L'opéra de Debussy fut joué à l'Opéra-Comique, le 30 avril 1902. Pour ce qui concerne la querelle Maeterlinck-Debussy, se reporter à la partie «Témoignages», notamment à ce qu'a écrit Georgette Leblanc à ce propos.

45. Camille LEMONNIER, La Vie belge, op. cit., «Une littérature», p. 173-174.

46. Cité par Guy DONEUX, Maeterlinck. Une poésie. Une sagesse. Un homme, Bruxelles, Palais des Académies, 1961, p. 108.

47. Cf. Roland MORTIER, op. cit., p. 26.

48. Maurice MAETERLINCK, Le Trésor des humbles (1896), Paris, Mercure de France, 1924, «La morale mystique», p. 63.

49. Ibid., cf. «La beauté intérieure». Au moment où ces pages sont imprimées, paraît l'ouvrage de Maxime Benoît-Jeannin, Georgette Leblanc (1869-1941), Le Cri/Biographie, Bruxelles, 1998. Ce livre très fouillé relate minutieusement les relations de l'actrice avec Maeterlinck. Il n'empêche que cette étude biographique, si précise soit-elle, ne nous permet pas de dégager « l'influence » de Georgette Leblanc sur la création de Maeterlinck.

50. Guy DONEUX l'a constaté, op. cit., p. 217.

51. Georgette LEBLANC, op. cit., p. 93-94.

52. Ibid., p. 172.

53. Maurice MAETERLINCK, La Sagesse et la Destinée, Paris, Fasquelle, 1898.

54. Cité d'après Alex PASQ.UIER, op. cit., p. 81.

55. Georgette LEBLANC, op. cit., p. 149-150.

56. Ibid., p. 234.

57. Ibid., p. 243.

58. Ibid., p. 235.

59. Le lecteur trouvera dans ce volume l'« Introduction» de Maeterlinck à sa traduction de Macbeth.

60. « Introduction » à Macbeth.

61. Maurice MAETERLINCK, Les Débris de la guerre, Paris, Fasquelle, 1916, «Le Massacre des Innocents», p. 130.

62. W. D. HALLS, « Maeterlinck et l'Amérique. Essai biographique », in Annales de la Fondation Maeterlinck, tome II, 1956, p. 47.

63. Pour ce qui concerne les œuvres de sciences naturelles de Maurice Maeterlinck, nous renvoyons le lecteur à l'ouvrage: La Vie de la nature. Éditions Complexe, 1997, qui comprend: La Vie des abeilles, L'Intelligence des fleurs, La Vie des termites, La Vie des fourmis.

64. Roland MORTIER, op. cit.

 


© Aerius, 2004


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