Maurice Maeterlinck
Le Massacre des Innocents
- 1886 -


© Paul Gorceix, 1999.

M.Maeterlinck. Oevres I. Le Réveil de l'âme: Poésie et essais. Bruxelles: Editions complex, 1999. P.: 111-118.

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Le lendemain, on l'enterra, et il n'y eut plus d'événements extraordinaires à Bethléem cette semaine-là. Mais le dimanche suivant, des loups affamés parcoururent le pays, après la grand'messe, et il neigea jusqu'à midi; puis le soleil brilla soudain et les paysans rentrèrent dîner comme d'habitude et s'habillèrent pour le salut.

À ce moment il n'y avait personne sur la place, car il gelait cruellement ; seuls, les chiens et les poules vaguaient sous les arbres, où des moutons broutaient un triangle de gazon; et la servante du curé balayait la neige dans son jardin.

Alors une troupe d'hommes armés passa le pont de pierre au bout du village et s'arrêta dans le verger. Des paysans sortirent de leur demeure, mais rentrèrent terrifiés en reconnaissant les Espagnols et se mirent aux fenêtres afin de voir ce qui allait se passer.

Il y avait une trentaine de cavaliers couverts d'armures, autour d'un vieillard à barbe blanche. Ils portaient en croupe des lansquenets jaunes ou rouges qui mirent pied à terre et coururent sur la neige pour se dégourdir, pendant que plusieurs soldats habillés de fer descendaient aussi et pissaient contre les arbres auxquels ils avaient attaché leurs chevaux.

Puis ils se dirigèrent vers l'auberge du Soleil-d'Or et frappèrent à la porte. On leur ouvrit en hésitant; et ils allèrent se chauffer près du feu en se faisant verser de la bière. [112]

Ensuite ils sortirent de l'auberge avec des pots, des cruches et des pains de froment destinés à leurs compagnons rangés autour de l'homme à barbe blanche qui attendait au milieu des lances.

Comme la rue était déserte, le chef envoya des cavaliers derrière les maisons, afin de garder le village du côté de la campagne, et ordonna aux lansquenets d'amener devant lui les enfants âgés de deux ans et au-dessous, pour les massacrer, selon qu'il est écrit en l'Évangile de saint Matthieu.

Ils allèrent d'abord à la petite auberge du Chou-Vert, et à la chaumière du barbier, voisines au milieu de la rue.

L'un d'eux ouvrit l'étable, et une bande de porcs s'en échappa qui se répandit de tous côtés. L'aubergiste et le barbier sortirent de leur maison et demandèrent humblement aux soldats ce qu'ils désiraient; mais ceux-ci n'entendaient pas le flamand et entrèrent afin de chercher les enfants.

L'aubergiste en avait un qui pleurait en chemise sur la table où l'on venait de dîner. Un homme le prit dans ses bras et l'emporta sous les pommiers, tandis que le père et la mère le suivaient en poussant des hurlements.

Les lansquenets ouvrirent encore l'étable du tonnelier, celle du forgeron, celle du sabotier; et les veaux, les vaches, les ânes, les lapins se promenèrent sur la place. Lorsqu'ils enfoncèrent le vitrage du charpentier, plusieurs paysans, parmi les vieillards et les plus riches de la paroisse, s'assemblèrent dans la rue et s'avancèrent vers les Espagnols. Ils ôtèrent respectueusement leurs bonnets et leurs feutres devant le chef au manteau de velours, en demandant ce qu'il comptait faire; mais lui-même ignorait leur langue et quelqu'un alla chercher le curé.

Il s'apprêtait pour le salut et revêtait une chasuble d'or dans la sacristie. Le paysan cria: «Les Espagnols sont dans le verger!» Épouvanté, le prêtre courut à la porte de l'église, suivi des enfants de chœur qui portaient les cierges et l'encensoir.

Alors il vit les animaux des étables circulant sur la neige et sur le gazon, les cavaliers dans le village, les soldats devant les portes, les chevaux liés aux arbres le long de la rue, les hommes et les femmes suppliant autour de celui qui tenait l'enfant en chemise.

Il s'élança dans le cimetière, et les paysans se tournèrent avec inquiétude vers leur prêtre qui arrivait comme un dieu couvert d'or et l'environnèrent devant l'homme à barbe blanche. [113]

II parla flamand et latin; mais le chef haussait lentement les épaules pour exprimer qu'il ne comprenait point.

Ses paroissiens lui demandaient à voix basse : « Que dit-il ? que va-t-il faire?» D'autres, voyant le curé, sortaient craintivement de leurs fermes, des femmes accouraient et chuchotaient dans les groupes, tandis que les soldats qui assiégeaient un cabaret, se joignaient au grand rassemblement qui se formait sur la place.

Alors celui qui tenait par la jambe l'enfant de l'aubergiste du Chou-Vert, lui trancha la tête d'un coup d'épée.

Ils la virent tomber devant eux, suivie du reste du corps qui saignait sur l'herbe. La mère ramassa celui-ci et l'emporta en oubliant la tête... Elle trotta vers sa maison mais se heurta contre un arbre et tomba à plat ventre dans la neige où elle demeura évanouie, cependant que le père se débattait entre deux soldats.

De jeunes paysans lancèrent quelques pierres, mais les cavaliers abaissèrent leurs lances, les femmes s'enfuirent et le curé se mit à hurler avec ses paroissiens, au milieu des moutons, des oies et des chiens.

Néanmoins, comme les soldats s'éloignaient, ils se turent pour voir ce qu'ils allaient faire.

La bande entra dans la boutique des sœurs du sacristain; puis elle sortit tranquillement, sans faire de mal aux cinq femmes qui priaient à genoux sur le seuil.

Ensuite ils avisèrent l'auberge du bossu de Saint-Nicolas. Là aussi on leur ouvrit à l'instant pour les apaiser; mais ils reparurent au milieu d'un grand tumulte, avec trois enfants sur les bras, entourés du bossu, de sa femme et de ses filles, qui les suppliaient à mains jointes.

Arrivés devant le vieillard, ils déposèrent les enfants au pied d'un orme, où ils restèrent assis sur la neige en leurs habits de fête. Mais l'un d'eux, qui avait une robe jaune, se leva et courut en chancelant vers les moutons. Un soldat le poursuivit, l'épée nue ; et l'enfant mourut la face dans l'herbe, pendant que l'on tuait les autres autour de l'arbre.

Tous les paysans et les filles de l'aubergiste prirent la fuite en poussant de grands cris et rentrèrent dans les fermes. Resté seul, le curé suppliait les Espagnols avec des hurlements, se traînant à genoux d'un cheval à l'autre, les bras en croix, tandis que le père [114] et la mère, assis sur la neige, pleuraient pitoyablement leurs enfants morts, étendus en travers de leurs jambes.

En parcourant la rue, les lansquenets remarquèrent la grande maison bleue d'un fermier. Ils voulurent enfoncer la porte, mais elle était de chêne et couverte de clous. Ils prirent alors des tonneaux gelés dans une mare devant le seuil et s'en servirent pour monter à l'étage où ils pénétrèrent par la fenêtre.

Il y avait eu une fête en cette ferme ; et des parents étaient venus manger des gaufres, du flan et du jambon. Au bruit des vitres brisées, ils s'étaient réfugiés derrière la table couverte de cruchons et de vaisselle. Les soldats entrèrent dans la cuisine ; et après une bataille où plusieurs furent blessés, s'emparèrent des petits garçons, des petites filles et du valet qui avait coupé le pouce d'un lansquenet, et sortirent en fermant la porte pour empêcher les habitants de les accompagner.

Quand ils furent devant le vieillard, ils jetèrent les enfants sur le gazon et les tuèrent paisiblement avec leurs lances et leurs épées, pendant que sur toute la façade, de la maison bleue, les femmes et les hommes penchés aux fenêtres de l'étage et du grenier, blasphémaient et s'agitaient éperdument à la vue des robes blanches, rosés ou rouges de leurs petits, immobiles sur l'herbe entre les arbres. Puis les soldats pendirent le valet de ferme à l'enseigne de la Demi-Lune, de l'autre côté de la rue ; et il y eut un long silence dans le village.

Le massacre à présent s'étendait. Les mères s'échappaient des masures, et à travers les jardins et les potagers, essayaient de fuir dans la campagne ; mais les cavaliers les poursuivaient et les refoulaient dans la rue. Des paysans, le bonnet dans leurs mains jointes, suivaient à genoux ceux qui entraînaient leurs enfants parmi les chiens qui aboyaient joyeusement dans le désordre. Le curé, les bras au ciel, courait le long des maisons, priant désespérément comme un martyr; et les soldats, tremblant de froid, soufflaient dans leurs doigts en circulant sur la route, ou, les mains dans leurs poches de leur haut-de-chausse, et l'épée sous le bras, attendaient devant les fenêtres des maisons qu'on escaladait.

Voyant la douleur craintive des paysans, ils entraient maintenant par petites bandes dans les fermes ; et tout le long de la rue c'étaient les mêmes scènes. Une maraîchère qui habitait la vieille chaumière de briques rosés, à côté de l'église, poursuivait, armée d'une chaise, [115] deux hommes qui emportaient ses enfants dans une brouette. Elle devint malade en les voyant mourir; et on l'assit sur sa chaise, contre un arbre de la route.

D'autres soldats grimpèrent dans les tilleuls, devant une ferme peinte en lilas, et enlevèrent des tuiles afin de s'introduire dans la maison. Quand ils reparurent sur le toit, le père et la mère, les bras tendus, s'élevèrent aussi dans l'ouverture, et ils les renfoncèrent à plusieurs reprises en leur assénant des coups d'épée sur la tête, avant de redescendre dans la rue.

Une famille, enfermée dans la cave d'une énorme chaumière, pleurait par le soupirail où le père brandissait furieusement une fourche. Un vieillard chauve sanglotait tout seul sur un tas de fumier, une femme en robe orange s'était évanouie sur la place et son mari, la soutenait sous les aisselles, en gémissant à l'ombre d'un poirier; une autre embrassait sa petite fille qui n'avait plus de mains, et lui soulevait alternativement les bras pour voir si elle ne voulait pas revivre. Une autre s'échappa dans la campagne et les soldats la poursuivaient entre les meules, à l'horizon des champs de neige.

Sous l'estaminet des Quatre-fils-Aymon, se voyait le tumulte d'un siège. Les habitants s'étaient barricadés, et les soldats tournaient autour de la demeure sans y pouvoir pénétrer. Ils essayaient de grimper jusqu'à l'enseigne, en s'aidant des espaliers de la façade, lorsqu'ils découvrirent une échelle derrière la porte du jardin. Ils l'appliquèrent au mur et montèrent à la file. Mais l'aubergiste et toute sa famille leur lancèrent alors par les fenêtres, des chaises, des assiettes, et des escabeaux. L'échelle se rompit et les soldats tombèrent.

Au fond d'une cabane, une autre bande trouva une paysanne qui lavait ses enfants, devant le feu, dans un cuvier. Étant vieille et presque sourde elle ne les entendit pas entrer. Deux hommes pri rent le cuvier, l'emportèrent; et la femme ahurie les suivit avec les vêtements des petits qu'elle voulait rhabiller. Mais quand elle vit, tout d'un coup, du haut du seuil, les taches de sang sur la neige, les berceaux renversés, les femmes agenouillées et celles qui agitaient les bras autour des morts, elle se mit à crier formidablement en frappant les soldats qui déposèrent le cuvier pour se défendre. Le curé accourut également et les mains jointes sur sa chasuble, implora les Espagnols devant les enfants nus qui se lamentaient [116] dans l'eau. Des soldats arrivèrent qui l'écartèrent et lièrent la folle à un arbre.

Le boucher avait caché sa petite fille, et appuyé contre le mur de sa maison, affectait de regarder avec indifférence. Un lansquenet et un de ceux qui avaient une armure, entrèrent chez lui et découvrirent l'enfant dans un chaudron de cuivre. Alors le boucher, désespéré, saisit un coutelas et les poursuivit dans la rue ; mais une troupe qui passait le désarma et le pendit par les pieds aux crocs du mur, entre les bêtes écorchées, où il remua les bras et la tête en blasphémant jusqu'à la tombée de la nuit.

Du côté du cimetière, il y avait un grand rassemblement devant une longue grange peinte en vert. L'homme pleurait à chaudes larmes sur le seuil. Comme il était fort gros et de joviale figure, les soldats assis au soleil, contre le mur, l'écoutaient avec attendrissement en caressant le chien. Mais celui qui emmenait l'enfant faisait des gestes pour dire: «Que voulez-vous? ce n'est pas de ma faute ! »

Un paysan pourchassé sauta dans une barque amarrée au pont de pierre et s'éloigna sur l'étang avec sa femme et ses enfants. N'osant se risquer sur la glace, les soldats marchaient pleins de colère dans les roseaux. Ils grimpèrent dans les saules de la rive pour tâcher d'atteindre les fugitifs à coups de lance, et n'y parvenant pas, ils menacèrent longtemps toute la famille épouvantée dans sa barque.

Le verger cependant était toujours plein de monde ; car c'est là que l'on tuait la plupart des enfants aux pieds de l'homme à barbe blanche qui présidait au massacre. Les petits garçons et les petites filles qui marchaient déjà seuls s'y réunissaient aussi et regardaient curieusement mourir les autres en mangeant les tartines de leur goûter, ou se groupaient autour du fou de la paroisse qui jouait de la flûte sur l'herbe.

Alors il y eut tout à coup un long mouvement dans Bethléem. Les paysans couraient vers le château qui se trouvait sur une butte de terre jaune, au bout de la rue. Ils avaient aperçu le seigneur penché sur les crénaux de la tour, d'où il contemplait le massacre. Et les hommes, les femmes, les vieillards, les mains tendues, le suppliaient comme un roi dans le ciel. Mais, lui, levait les bras et haussait les épaules pour exprimer son impuissance ; et comme ils l'imploraient de plus en plus terriblement, la tête nue, agenouillés [117] dans la neige, en poussant de grandes clameurs, il rentra dans sa tour et les paysans n'eurent plus d'espoir.

Lorsque tous les enfants furent exterminés, les soldats fatigués essuyèrent leurs épées et soupèrent sous les poiriers. Ensuite les lansquenets montèrent en croupe et ils quittèrent tous ensemble Bethléem, par le pont de pierre, comme ils étaient venus.

Enfin le soleil se coucha derrière la forêt. Las de courir et de supplier, le curé s'était assis sur la neige, devant l'église, et sa servante se tenait près de lui. Ils voyaient la rue et le verger pleins de paysans qui circulaient sur la place et le long des maisons. Des familles, l'enfant mort sur les genoux, ou dans les bras, racontaient leur malheur avec étonnement. D'autres le pleuraient encore où il était tombé, près d'un tonneau, sous une brouette, au bord d'une mare, où l'emportaient silencieusement. Plusieurs lavaient déjà les bancs, les chaises, les tables, les chemises tachées de sang et relevaient les berceaux jetés dans la rue. Mais presque toutes les mères se lamentaient sous les arbres, devant les petits corps étendus sur le gazon, et qu'elles reconnaissaient à leurs robes de laine. Ceux qui n'avaient pas d'enfants se promenaient sur la place et s'arrêtaient autour des groupes désolés. Les hommes qui ne pleuraient plus, poursuivaient avec les chiens leurs bêtes échappées ou réparaient leurs fenêtres brisées et leurs toits entr'ouverts, tandis que le village s'apaisait aux clartés de la lune qui montait dans le ciel.

 

Nous avons repris le texte du conte inséré par Maeterlinck dans Les Débris de la guerre en 1916 (Paris, Fasquelle). Ce texte a été retouché assez nettement par rapport à la première édition du Massacre des Innocents, publié sous le nom de Mooris Maeterlinck, dans La Pléiade en mars 1886 (Paris). Le lecteur trouvera ici l'introduction qui précède la version de 1916, dans laquelle Maeterlinck explique qu'il a voulu «reproduire de [s] on mieux les divers épisodes d'un tableau au musée de Bruxelles, peint au XVI' siècle par Pieter Breughel-le-Vieux ».

« Le Massacre des Innocents parut pour la première fois en 1886, dans une petite revue: La Pléiade, que quelques amis et moi avions fondée au quartier Latin, et qui mourut d'inanition après son sixième numéro. Si je fais place ici à ces modestes pages d'un début sans éclat - car je n'avais rien imprimé jusqu'à ce jour -, ce n'est pas que je m'abuse sur les mérites de cette œuvre dejeunesse, [118] où je m'étais simplement appliqué à reproduire de mon mieux les divers épisodes d'un tableau du musée de Bruxelles, peint au XVI' siècle par Pieter Breughel-ie- Vieux. Mais il m'a semblé que les événements avaient transformé cet humble exercice littéraire en une, sorte de vision symbolique; car il n'est que trop vraisemblable que des scènes analogues ont dû se répéter dans plus d'un de nos malheureux villages des, Flandres ou de Wallonie; et que pour les décrire telles qu 'elles viennent de se passer, il n 'y aurait qu 'à changer le nom des bourreaux et probablement, hélas ! à en accentuer la cruauté, l'injustice et l'horreur. Je supprime les premiers alinéas qui retarderaient assez inutilement le récit. »

La question qui se pose est celle de savoir pourquoi l'auteur a éliminé le début du conte, qui constitue en fait près d'un tiers du récit.

Voici l'explication très éclairante donnée par Raymond Pouilliart sous le titre «Une édition du Massacre des Innocents» dans les Annales de la Fondation Maurice Maeterlinck, tome XVIII, 1972 : « On peut imaginer les vrais motifs qui ont incité l'auteur à raccourcir son œuvre. Le début raconte comment les villageois flamands ont tué les Espagnols. Le massacre des enfants est une expédition punitive. Sans doute, ce sont des soldats espagnols qui ont d'abord tué des paysans. Mais le massacre généralisé vient de la vengeance de ceux-ci. Comment des lecteurs de 1916 n'auraient-ils pas songé aux "francs-tireurs" dont les troupes allemandes se réclamaient pour justifier l'incendie des villes et l'exécution massive d'habitants ? Il fallait éviter cet argument. Et Maeterlinck, qui a bien vu, a posteriori, la "sorte de vision symbolique" que comportait ["humble exercice littéraire" de ses débuts, a voulu effacer un rapprochement qui se serait opéré presque inévitablement dans les esprits de 1916. Pris tel qu 'il se présente dans Les Débris de la guerre, le massacre des enfants est plus injuste et plus arbitraire que dans sa version première. Les lansquenets tuent les enfants sans raison aucune, ce qui n 'est pas le cas dans le texte original. »

S'ajoute que dans la version de 1916 le lieu du massacre n'est plus Nazareth, mais Bethléem.


© Aerius, 2003