Maurice Maeterlinck
Monna Vanna
- 1902 -


© Maeterlinck M., 1902

Source: M.Maeterlinck. Oevres II. Théâtre. Tome 2. Bruxelles: Editions complex, 1999. P.: 83-163.

OCR & Spellcheck: Aerius (ae-lib.org.ua), 2004


 

INTRODUCTION

Le Théâtre de l'Œuvre donne la pièce le 17 mai 1902, qui est jouée à Gand le 17 mars 1903. Publiée d'abord dans la Revue de Paris, elle paraît chez Fasquelle (1902). Henry Février compose une musique pour Monna Vanna, qui fut représentée le 13 février 1909 à l'Académie nationale de musique à Paris, sous la forme d'un drame lyrique.

Le rôle de Monna fut proposé d'abord à Sarah Bernhardt. Comme l'accord ne s'était pas conclu parce que cette dernière avait demandé que son rôle fût étoffé dès le premier acte, c'est à Georgette Leblanc qu'il incomba de créer la pièce. «J'allais donc passer au chant à la tragédie sans avoirait aucune étude préparatoire», raconte celle-ci dans son livre de Souvenirs. On connaît le destin exceptionnel de Monna Vanna. La pièce fit le tour d'Europe, et fut même interprétée à Boston en 1912.

Succès extraordinaire, qu'il convient cependant de nuancer. D'abord acclamée chaleureusement, la pièce fut retirée de l'affiche après quelques représentations en Belgique et en France. En Italie, pays de Monna Vanna, l'enthousiasme fut mitigé. Si l'oeuvre littéraire est jugée originale, on estima médiocre son interprétation(1). Monna Vanna fut traduite dans la plupart des langues européennes, et même en japonais. C'est en Allemagne cependant que la pièce fut accueillie avec le plus grand enthousiasme. De Berlin à Munich en passant par Weimar et Heidelberg, on applaudit Monna Vanna dans la traduction de F. von OppeIn-Bronikowski.

La critique allemande s'est appliquée à rapprocher Monna Vanna des pièces de Hebbel, Judith (1841), Herodes und Mariamne (1850) et Gyges und sein Ring (1856). Ce rapprochement ne doit cependant pas faire oublier que des auteurs fort divers ont été attirés par le motif. C'est en effet le sujet d'une vieille légende anglaise du [84] XIIe siècle selon laquelle lady Godiva pour sauver Coventry assiégée, accepte les conditions du vainqueur qui exige qu'elle traverse la ville à cheval, vêtue de sa seule chevelure. Dans son recueil de ballades Locksiey Hall, Tennyson a repris le motif qui inspira le peintre J. Van Lerius, dont l'oeuvre figure au musée d'Anvers. A la suite de Freiligrath, traducteur du poème anglais, le romancier Joseph Lauff en donna une variante dans sa nouvelle Regina Coeli. Maeterlinck, selon son aveu à OppeIn-Bronikowski, a emprunté l'aventure à l'Histoire des républiques italiennes du Moyen Age par Sismondi (tome XIII). À noter l'intérêt des grands critiques allemands pour Monna Vanna. F. Mehring, G. Lukàcs, M. Harden, H. Mann s'intéressèrent à la pièce(2), non sans regretter cependant l'abandon par Maeterlinck de sa première manière (Alfred Kerr). Un banquet mémorable fêta Maeterlinck à Berlin le 18 janvier 1803. En Autriche, des « Maeterlinckvereine » se constituèrent.

« Cet accueil triomphal en Allemagne à Monna Vanna fut diversement apprécié par les critiques français », souligne Marcel De Grève(3), dans la mesure où certains d'entre eux, comme O. Mirbeau, y prirent ombrage. Une polémique s'engage : le succès de la pièce serait dû en particulier à la scène où Monna, nue sous son manteau, se rend à la tente de Guido, satisfaisant ainsi l'imagination malsaine du public...

En revanche, la Belgique, dès 1903, avait reconnu la dimension du théâtre maeterlinckien, en décernant &a